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aperdyne - Spiritisme

Spiritisme

Doctrine spirituelle née au XIXème siècle professant la croyance en l'au-delà et la communication avec les morts

Introduction

Depuis l’aube de l’humanité, l’homme a toujours été fasciné par sa propre mort. Chaque civilisation, chaque peuple a vu naître des théories et des croyances relatives à l’au-delà et à l’après-vie.Ainsi l'archéologie témoigne que depuis des temps immémoriaux l’homme a senti le besoin de consulter augures, aruspices, mages ou astrologues pour tenter de percer les mystères du passé, du présent et de l’avenir. Lorsque les Dieux ou les astres ne daignaient pas répondre à leurs sollicitations, il arrivait alors que l’homme s’adresse directement à ceux qui étaient susceptible de lui révéler l’envers du décor : les esprits de ses morts ou de ses ancêtres.On appela longtemps cette pratique nécromancie?, ou l’art d’invoquer l’esprit des morts. En occident, elle fut auréolée de mystère et de peur, et fut frappé d’interdiction morale et religieuse. Elle resta pendant longtemps scellée d’un tabou absolu, clandestine et confidentielle, jusqu’au XIXème siècle où une philosophie spirituelle et religieuse inédite, le spiritisme, allait remettre ces pratiques au goût du jour.Genèse

Le spiritisme moderne trouve sa source aux Etats-Unis, à Hydesville dans l’état de New York, vers le milieu du XIXème siècle. C’est là que vivent David Fox, un pasteur méthodiste, et ses trois filles : Kate, Leah et Margaret… Le 31 mars 1848, Kate et Margaret font part d’un étrange phénomène à leur père : elles prétendent qu’une « entité » essaie d’établir une communication avec elles par l’intermédiaire de « coups » frappés dans les murs. Leur père se prend au jeu et commence à poser des questions sur sa famille à « l’Esprit », qui leur répond par des bruits suivant un code semblable au morse et qui donne des réponses troublantes au vieux pasteur…

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Les soeurs Fox : Margaret, Kate et Leah

L’esprit, qui répond au pseudonyme de Splitfoot (pied-fourchu) prétend être le fantôme d’un certain Charles B. Rosma, qui aurait été assassiné dans cette maison des années plus tôt et dont le corps serait enterré sous la bâtisse. Intrigué par ces évènements, le pasteur Fox convoque voisins et notables de la ville pour assister à ce phénomène et tenter d’en comprendre le sens. Très vite, un « comité d’étude » se constitue autour du « fantôme de la famille Fox », la rumeur enfle et le phénomène commence à fasciner les foules. La légende prétend que des fouilles ont été menées sous la maison, qui ont conduit à la découverte d’un corps à l’endroit indiqué par l’esprit... mais il est impossible d’en avoir la preuve aujourd’hui et ce détail évoque de très nombreuses légendes urbaines liées à des maisons hantées (voir les affaires des visages de Bélmez et de la maison de Saint Quentin).

Ce qui n’était qu’une « curiosité locale » devient rapidement un véritable phénomène de société. Des lettrés se passionnent pour cette affaire, les journaux en parlent et des gens se mettent à chercher des méthodes pour reproduire la « communication » des sœurs Fox avec l’Au-delà. À cette époque, une certaine théorie spirituelle et médicale est très à la mode dans les milieux intellectuels : il s’agit de la théorie du magnétisme animal du Dr Franz A. Mesmer?, qui étudie le « fluide magnétique » dont la circulation à travers le corps humain conditionnerait l’état de santé. En mélangeant des expériences sur le mesmérisme et le spiritualisme (c’est ainsi qu’on appelait alors ce qui allait devenir le spiritisme), on en vint à découvrir l’usage des fameuses « tables tournantes », où les esprits se serviraient du fluide magnétique des participants pour communiquer avec eux au moyen de coups et de mouvements donnés à un guéridon autour duquel les gens avaient pris place.

En l’espace de quelques années, le spiritisme est devenu un véritable phénomène de mode : il compte des millions d’adeptes en Amérique, et traverse l’océan pour s’inviter en Europe dans les « salons où l’on cause ». Entre-temps, les sœurs Fox ont quitté leur petite vie tranquille et sont devenues en quelques sortes des vedettes. Elles donnent des conférences payantes, sont étudiées par des universitaires et partent en tournée à travers tout le pays.
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Séance de table tournante

Des années plus tard, les sœurs Fox, ruinées et désabusées, avoueront que toute l’affaire n’était qu’une supercherie. L’une des deux sœurs souffrait d’une malformation des orteils qui lui permettait, en faisant craquer ses os, de produire les fameux bruits de « coups dans les murs ». Ce qui au départ n’était qu’une plaisanterie faite à leur père avait pris tellement d’ampleur qu’elles n’avaient pas osé y mettre un terme au moment voulu, probablement dépassées par les événements. On peut supposer également que toute l’attention dont elles furent l’objet, ainsi que la possibilité de quitter la vie monotone de filles de pasteur pour voyager et voir le monde les poussa à s’enfoncer dans la supercherie.Le spiritisme ayant pris son essor et fait des millions d’adeptes, les aveux des sœurs Fox passèrent presque inaperçu et ne remirent pas en cause l’évolution de la philosophie spirite.Naissance d’une religion

Lorsque le spiritisme arrive en Europe, il n’est encore qu’une simple curiosité. Il se pratique alors surtout au sein des élites, dans les milieux aisés. Il est alors très à la mode de faire « tourner les tables », les dames de la haute société aiment à se donner un petit frisson, mais il n’y a pas encore de portée réellement philosophique ou spirituelle à cette pratique. Toutefois, un grand nombre de savants ou d’intellectuels se prennent de passion pour le phénomène, au nombre desquels on retrouve Victor Hugo, George Sand ou encore Alexandre Dumas…Un homme va profondément changer la face du spiritisme : Hippolyte Léon Denizard Rivail? (1804 - 1869). Léon Rivail est un homme de science lyonnais qui enseigne la physique, la chimie, l’anatomie et l’astronomie. Passionné de pédagogie, il a publié plusieurs ouvrages consacrés à ce sujet. C’est donc en tant que savant qu’il est convié la première fois à assister aux séances de « tables tournantes », on lui demande alors de mettre de l’ordre dans les « communications » que reçoivent les participants. Très vite, il se passionne littéralement pour cette pratique et se met en tête d’en comprendre les tenants et les aboutissants, comptant pour cela sur son esprit et sa méthodologie scientifique. Il posera alors les bases de ce qu’on appellera la « doctrine spirite ».
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Gravure de Léon Rivail, plus connu sous le pseudonyme d'Allan Kardec

Léon Rivail utilisera le terme de « médium » pour désigner les personnes sensibles à la communication avec les esprits, ceux qui servent de canal aux morts pour communiquer. Lui-même étant dépourvu du don de médiumnité, il fera alors appel à de nombreux médiums (principalement des femmes, plus sensibles que les hommes à la médiumnité) pour établir des communications avec l’au-delà et tenter d’en comprendre les règles. C’est à ce moment qu’il prend le nom d’Allan Kardec?, un druide celte mort des siècles plus tôt et dont il serait la réincarnation. 

De toutes ces séances naîtra une abondante littérature, organisée par Allan Kardec en un dialogue sous forme de question/réponse entre les médiums et différents esprits, dont les thèmes principaux sont la vie après la mort, la réincarnation, la morale ou encore l’évolution spirituelle… Ces « conversations » abordent également les grandes questions qui agitaient la société à cette époque.

En peu de temps, Allan Kardec devient le « pape » d’une nouvelle pratique quasi-religieuse, même si il s’en défend, affirmant que le spiritisme se doit d’être étudié à la façon d’une science. Il pose les bases de sa doctrine en publiant cinq livres qui deviendront les « bibles » du spiritisme, fonde une revue spirite et fait des tournées en France où il donne des conférences sur ce thème. 

D’abord réservé aux classes supérieures, le spiritisme se démocratise et se répand comme une traînée de poudre parmi les classes populaires, à une époque où la raison et le rationalisme éloignent progressivement le peuple des bancs de l’église traditionnelle.

Le monde des esprits

La philosophie spirite s'accompagne d'une vision particulière de l'univers.En premier lieu, le spiritisme proclame la croyance en la réincarnation. La vie terrestre d’un être humain s’inscrit dans une suite d’incarnations successives dont le but est d’évoluer spirituellement, afin de tendre à la perfection. Le spiritisme inclut également la croyance en Dieu, et c’est par le don du libre arbitre que nous sommes amenés à progresser sur cette « échelle spirituelle ». Pour le spirite, Dieu n’a donné qu’une seule recommandation à l’humanité : faire à autrui ce que l’on voudrait qu’il fasse pour soi. Cette simple règle est censée conduire l’humanité vers le progrès…

Lorsque un être humain choisit de s’incarner sur Terre, il a la connaissance de ses vies antérieures et peut choisir le genre de vie qu’il va mener, en fonction du degré d’évolution spirituel qu’il vise. Une vie difficile menée avec persévérance et humilité apportera plus de progrès qu’une vie facile et oisive. Au moment de la naissance, la mémoire des vies antérieures disparaît pour ne pas influencer le libre arbitre.D’après cette croyance, un être humain serait constitué de trois « enveloppes » distinctes lors de son incarnation terrestre : le corps physique (simple véhicule de l’esprit, recyclé par la nature au moment de la mort), l’esprit (la conscience, l’âme, la personnalité d’un être humain) et le périsprit (sorte de « fluide » énergétique qui relie les deux précédents).

Un esprit désincarné (hors de l’existence terrestre, mort…) a la possibilité de communiquer avec les vivants par l’intermédiaire de différentes méthodes (cf. plus bas) et ce avec deux objectifs distincts : prouver l’existence de la vie après la mort aux vivants et les aider à progresser sur le chemin de la perfection (l’altruisme et la charité étant des valeurs fondamentales du spiritisme kardecien).

Le monde des esprits présente différents « niveaux » d’existence, correspondants aux divers degrés d’évolution spirituelle de ses habitants. Le niveau le plus bas est appelé « bas-astral », et il est décris comme un cloaque où végètent les esprits les moins évolués, les plus tourmentés, les plus attachés à l’existence bassement matérielle. Ce sont ces derniers qui souvent communiquent avec les médiums dont les motivations ne sont pas d’ordre spirituelles ou morales. On les appelle traditionnellement les « esprits malins », car ils se complaisent dans la tromperie, le mensonge et la manipulation des vivants, par jalousie, méchanceté ou désœuvrement…

À l’inverse, les esprits les plus évolués, situés dans les plus hautes sphères de la conscience, sont ceux qui ont transmis les principes et les « vérités » du spiritisme aux vivants, notamment par l’intermédiaire d’A. Kardec et de ses disciples.Les méthodes spirites de communications

Les médiums spirites eurent recours à différente méthode pour communiquer avec le monde des esprits, méthodes qui ont grandement évolué depuis la naissance de cette croyance. 

Il y eu d’abord les fameuses tables tournantes, avec lesquelles la communication était fastidieuse, lente et inadaptée aux dialogues approfondis. Puis les médiums apprirent de nouvelles techniques directement du monde des esprits, désireux de faciliter les communications. On utilisa d’abord des corbeilles en osier traversées d’un crayon que le médium faisait tourner sur une feuille jusqu’à ce que l’esprit appelé écrive, puis l’usage de la planche ouija fit son apparition. 

Enfin, on se passa d’artifices grâce aux techniques d’écriture automatique ou d’incorporation, où le médium, en transe, « prête » son corps à un esprit qui va écrire par son bras, ou directement parler par sa bouche…
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Une séance de « corbeille-toupie », l'ancêtre du ouija. Le participant pose sa main sur une un curseur auquel on a attaché un crayon, le médium interprète les traits qui sont tracés.

Les séances se déroulaient toujours selon un certain cérémonial et nécessitaient un décorum particulier : elles devaient toujours avoir lieu dans une ambiance de recueillement, et on exigeaient des participants la plus grande retenue et une certaine rigueur morale. On tamisait la lumière dans une pièce déjà rendue sombre par de grands rideaux noirs, on répandait des fleurs, on diffusait parfois de la musique douce. Les participants étaient priés de se présenter avec une hygiène irréprochable, par respect pour les esprits qui se manifesteraient. 

Enfin, le médium faisait son apparition et débutait la séance en invoquant l’esprit souhaité, ou un esprit au hasard. Les gens posaient leurs questions et l’esprit y répondait par l’intermédiaire du médium. Les questions étaient très codifiées, et certains sujets étaient bannis d’office car incompatibles avec la morale spirite. Par exemple, les questions liées à l’enrichissement personnel, ou les considérations bassement matérielles étaient proscrites. Le spiritisme n’avait pas pour but de demander aux esprits les numéros gagnants de la loterie.

Différents types de médiumnité

D’après la théorie spirite, la médiumnité se manifeste de différentes manières. Au début, les médiums se contentaient de faire tourner les tables, les esprits utilisant leur « fluide magnétique » pour transmettre leurs réponses sous forme de coups frappés par le meuble en mouvement. 

Puis vinrent les médiums qui avaient la capacité de voir ou d’entendre directement les esprits. Ces derniers se tenaient généralement à coté du médium, qui transmettait leurs réponses à l’assemblée. La technique se perfectionna avec les médiums écrivains, ceux-là utilisaient une ardoise, ou simplement de l’encre et du papier. Ils entraient dans une sorte de transe, et l’esprit prenait possession de leur bras pour écrire directement les messages à transmettre. 

On appelle cette technique l’écriture automatique?.

Dans un registre plus impressionnant, viennent les médiums à incorporation. Ces derniers, après être entrés dans ce qu’ils appelaient un état de « somnambulisme magnétique », laissaient un esprit prendre possession de tout leur corps, et s’exprimer directement par leur bouche. Il arrivait alors que toute l’attitude corporelle du médium change, empruntant la voix et les mimiques du supposé défunt.

Mais le type de médiumnité qui a le plus marqué l’histoire du spiritisme est aussi celui qui a causé sa perte : il s’agit des médiums à effets physique. Ceux-là provoquaient des phénomènes surnaturels dans leur environnement direct lorsqu’ils entraient en communication avec le monde des esprits : la température baissait, les meubles lévitaient, les fenêtres et les portes s’ouvraient tout seul, on entendait des bruits étranges résonner dans la pièce, etc… 

La plus marquante de ces manifestations était la matérialisation, à la vue de tous, de l’esprit sous sa forme fluidique, que l’on appelle ectoplasme. Le corps du médium produisait une matière semblable à une vapeur verdâtre, que l’esprit façonnait pour lui donner une apparence ressemblante à sa dernière forme physique. Si l’esprit n’avait pas la force de prendre forme, il se contentait de flotter sous forme ectoplasmique autour du médium inconscient, ou de ne faire apparaître que des parties du corps, tels qu’une main fantomatique.
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Photographie supposée d'une manifestation ectoplasmique (début du XXème siècle)

À force de faire dans le spectacle grand-guignolesque, le public finit par se lasser ou avoir des doutes sur l’authenticité de ces phénomènes. Les médiums rivalisant d’imagination pour produire des effets toujours plus impressionnants, ils finirent par perdre leur crédibilité suite à une série de scandales et de supercheries révélées au public par les sceptiques de l’époque, farouches détracteurs du spiritisme.

Ces fameux médiums à effet physique et leurs ectoplasmes donnèrent naissance à ce que l’on appela la « photographie spirite ». Les journaux du monde entier s’intéressant grandement à la mode du spiritisme, il fallait pour illustrer les articles des clichés dont le sensationnalisme soit à la hauteur du sujet traité. Un petit nombre de photographes, flairant le bon filant, s’engouffrèrent dans cette brèche avec enthousiasme. Ils produisirent un grand nombre de « photos d’ectoplasmes » qui firent grand effet à l’époque, mais dont on peut dire objectivement qu’elles ont très mal vieilli. En effet, ces clichés représentent des médiums professionnels illustres où inconnus, affublés grossièrement de draps ou de linges en gaze ou en mousseline qui leur sortent du nez ou de la bouche censés représenter des matérialisations d’ectoplasme. 

Ces mises en scène paraissent ridicules à l’heure actuelle où des programmes de retouche d'image comme Photoshop permettent de réaliser des canulars très réalistes, mais à l’époque des débuts de la photographie, elles faisaient encore illusion…
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Photographie supposé représenter un fantôme presque totalement matérialisé (début du XXème siècle)

Le spiritisme et le progrès social

Il est à noter que le spiritisme s’inscrit dans un contexte social particulier, celui du XIXème siècle français et son cortège de grandes interrogations humanistes héritées du Siècle des Lumières. 

Si le spiritisme s’est aussi rapidement implanté parmi les couches populaires de la population, ce n’est pas forcément un hasard. En effet, la doctrine spirite apportait une réponse claire aux problèmes des inégalités sociales et de la lutte des classes. De par la croyance en la réincarnation, le spiritisme sous-entend que notre existence actuelle n’est qu’une étape, dont dépendront les prochaines incarnations terrestres. Ce qui signifie que le patron qui exploite des ouvriers dans cette vie pourrait bien se retrouver prolétaire dans la prochaine, et payer ainsi le prix de ses privilèges actuels. De la même manière, l’ouvrier besogneux et exploité pourrait se retrouver dans le rôle inverse durant sa prochaine vie. 

Enfin, la médiumnité se manifestait au hasard, sans distinction de classe sociale. Il n’était pas rare qu’un homme instruit et riche aille consulter un médium issu du peuple et illettré, du moment que sa médiumnité était reconnue.
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Autre représentation d'une séance de spiritisme, sur une gravure de la fin du XIXème - début du XXème siècle

Cette façon d’envisager la vie pouvait également répondre aux problèmes de l’égalité des races, à une époque où les grandes puissances mondiales possèdent des colonies et pratiquent l’esclavage. Celui qui est un esclavagiste devra en payer le prix dans la vie prochaine. De plus, il n’y a plus de différences entre les races puisque le corps humain n’est qu’un simple véhicule pour l’esprit qui, lui, n’a pas de couleur.

Au final, ce sont surtout les femmes qui ont profité du progrès induit par la pratique spirite. Il faut se rappeler qu’à cette époque patriarcale, les femmes étaient souvent cantonnées au rôle de mère et d’épouse, rarement consultées sur les questions de politique, de spiritualité ou de société, qui étaient la chasse gardée des hommes. Avec le spiritisme, Allan Kardec donna aux femmes l’opportunité de prendre le premier rôle, celui de médium, qui leur donnait une légitimité et une reconnaissance sociale jusque-là inaccessible. 

On peut supposer qu’un certain nombre de femmes profitèrent de cette « tribune » pour exprimer leurs propres idées auprès de la communauté, sous le couvert de communication spirite, ce que l'on pourrait considérer comme une juste revanche.

Le spiritisme et la religion

Dès le début de son développement en Europe, le spiritisme s’est heurté à l’opposition de l’Église Catholique. Certains de ses adeptes allant jusqu’à considérer que le spiritisme était la quatrième religion « révélée », il paraissait nécessaire que le clergé allait prendre position sur la question. 

Ce fut l’évêque de Barcelone qui déclencha les hostilités en 1861 en organisant publiquement un autodafé des livres d’Allan Kardec Le livre des Esprits et Le livre des Mediums, mais il faudra attendre plus d’un demi-siècle pour que l’Eglise publie un décret condamnant la pratique spirite.

Même si le spiritisme reprend à son compte certains aspects de la théologie chrétienne, il est évident qu’il n’est pas compatible avec les Saintes Ecritures, ne serait-ce que parce qu’il professe l’existence de la réincarnation. D e plus, les écrits de Kardec comportent des passages qui, pour le clergé, s’apparentent facilement à de l’hérésie. Par exemple, Kardec n’a pas hésité à publier des comptes-rendus de communications spirites attribuées à l’esprit d’un certain Jésus de Nazareth, ce qui avait de quoi choquer les théologiens les plus ouverts d’esprit.

D’un point de vue religieux, le spiritisme avait de toute façon déjà été condamné de nombreux siècles auparavant. L’Ancien Testament contient en effet à divers endroits une mise en garde très claire contre ce genre de pratiques, que l’on retrouve notamment ici :

« Il ne se trouvera au milieu de toi ni devin qui se mêle de divination, ni pronostiqueur, ni enchanteur, ni magicien, ni sorcier, ni personne qui consulte les esprits, ni diseur de bonne aventure, ni personne qui interroge les morts ; car quiconque fait ces choses est en abomination à l’Éternel » (Deutéronome 18 v. 10-12).

« Si un homme ou une femme sont évocateurs d’esprits, ou diseurs de bonne aventure, ils seront certainement mis à mort... leur sang sera sur eux » (Lévitique 20 v. 27)

Selon la doctrine catholique, les morts ne peuvent se manifester aux vivants (même si cette position a été revue récemment), les communications que reçoivent les spirites ne peuvent donc provenir du monde des défunts. L’Église explique ces messages par l’action des démons et considèrent que la pratique du spiritisme est associables au commerce avec des entités démoniaques, qui se servent de ce moyen pour distiller mensonges, manipulation et blasphèmes.Les dangers du spiritisme

Depuis son avènement, le spiritisme traîne derrière lui une odeur de soufre et de danger. Beaucoup de choses ont été écrites à son sujet, et la culture populaire a contribué à sa réputation de pratique risquée (le cinéma l’associe souvent à la possession démoniaque).

On peut distinguer deux différents type de « dangers » relatifs à la doctrine spirite :Le premier est purement subjectif, il fait partie intégrante de la doctrine d’Allan Kardec, il s’agit de l’obsession. Les spirites pensent que les esprits peu évolués (dits esprits du bas astral) peuvent obséder certains médiums, en particuliers ceux qui pratiquent leur art sans avoir de nobles motivations. L’obsession se manifeste par une perte d’esprit critique (sic) du médium par rapport aux message qu’il reçoit d’un esprit en particulier, et qui finit par avoir un ascendant sur lui au point d’en faire son jouet ou sa marionnette. L’esprit agit subtilement, par le mensonge et le harcèlement. Cela peut aller, pour le médium, jusqu’à la névrose obsessionnelle.Le second danger supposé est nettement plus objectif. Il s’agit de l’influence psychologique que peut avoir le spiritisme sur un esprit affaibli ou perturbé. Par de nombreux témoignages, on constate que les gens qui s’y essayent par curiosité, sans disposer des ressources de caractère suffisantes, sont nombreux à faire part de divers troubles psychiques qu’ils associent à leur expérience spirite. Dépression, angoisses, paranoïa, sensation permanente d’être observé, insomnies voire hallucinations? ne sont que quelque uns des symptômes rapportés.

Très tôt, la psychiatrie tira la sonnette d’alarme. À la fin du XIXème siècle, un quart des aliénés de l’hôpital psychiatrique de Zurich (Suisse) étaient internés pour des troubles liés à la pratique du spiritisme. Les spirites eux-mêmes déconseillent le spiritisme aux personnes fragiles psychologiquement ou sous médication psychotrope.

Le spiritisme aujourd’hui

Le spiritisme a vécu son apothéose vers la fin du XIXème siècle, période à laquelle il comptait des millions d’adeptes, de cercles d’étude et autres sociétés spirites à travers le monde. Il connût ensuite un déclin, avant de revenir à la mode à l’époque de la première guerre mondiale, sombre période qui vit tellement de morts et de deuil que le besoin de communiquer avec l’au-delà se fit à nouveau sentir.

On peut dire que c’est le sensationnalisme et le mercantilisme qui eurent raison de la doctrine kardécienne. Vers la fin, ce qui était une pratique codifiée empreinte de morale et de religiosité devint un gigantesque cirque commercial. Les médiums étaient devenus de vrais show-men, rivalisant d’imagination et de tricherie pour produire des effets « surnaturels » toujours plus impressionnants, de manière à garder intacte l’attention du public et de s’assurer de juteux profits. 

La philosophie spirite fut progressivement effacée par une succession de scandales et de supercheries révélées au public par les sceptiques, détracteurs du spiritisme, qui n’eurent pas beaucoup d’effort à fournir pour démasquer les pires charlatans. Progressivement, le spiritisme perdit beaucoup de sa crédibilité et fut relégué au rang de spectacles de music-hall vaguement surnaturels.
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Timbre brésilien de 2004 commémorant les 150 ans du spiritisme

Cependant, le spiritisme ne mourut pas complètement. Par un curieux hasard, cette doctrine se répandit parmi la population du brésil et progressa jusqu’à devenir une religion officielle dans ce pays. Les médiums brésilien les plus célèbres ont fondé de véritables « temples » spirites, dédiés notamment à ce qu’ils appellent la guérison spirituelle et ont des millions d’adeptes, parmi lesquels de grandes stars médiatisées du football, par exemple. 

En revanche, le spiritisme brésilien s’est, au fil du temps, mélangé à des pratiques spirituelles locales antérieures telles que l’Umbunda (la "magie blanche" animiste des esclaves africains) ou le Candomblé (forme afro-brésilienne du vaudou).

Allan Kardec est considéré comme un véritable prophète au Brésil, son visage a même été immortalisé sur des timbres-poste. Cela dit, il est à noter qu’il existe là-bas de nombreuses polémiques liées à cette organisation religieuse, et à certains de ces dirigeants (manipulation, abus sexuel, dérives sectaires et commerciales, etc…)

D’autres régions du monde ont également vu naître des variantes du spiritisme adaptées aux croyances locales, notamment le Caodaïsme au Vietnam. 

Ce dernier est une religion fondée au début du siècle par un fonctionnaire vietnamien qui reçut une « révélation » de la part d’un esprit nommé Cao Dai (titre vietnamien complet : Cao Đài Tiên Ông Đại Bồ Tát Ma-ha-tát , soit « être suprême, grand sage et boddhisatva »), lors d’une séance de spiritisme traditionnel. Cet esprit lui ordonna de fonder une religion qui fut bientôt reconnue par les autorités coloniales et qui a perduré jusqu’à nos jours, comptant encore de nombreux adeptes. 

Le caodaïsme est un mélange hétéroclite de spiritisme kardecien avec des influences confucianistes, taoïstes, bouddhistes et chrétiennes, qui a la particularité de faire appel à des « guides spirituels » issus de cultures étrangères tels que Victor Hugo, Louis Pasteur ou encore Lénine.

En Europe, il reste encore un certain nombre de croyants et pratiquants de cette doctrine, qui se regroupent au sein d’associations, ou « cercles spirites ». Ils sont devenus très minoritaires, mais une étude datant de 1997 recense environ 20 millions de spirites déclarés, sans compter tous les groupes religieux minoritaires qui s’apparentent au spiritisme ou en découlent indirectement.

Par ailleurs, on peut noter que le spiritisme a donné naissance à deux « rejetons » modernes :

La TCI? (ou Transcommunication Instrumentale) : version moderne de la communication spirite, les adeptes de la TCI postulent que les esprits utilisent désormais des moyens de communications technologiques pour se manifester à nous : ordinateurs, radios, télévision, etc… Ils prétendent récolter des voix et des images d’origine surnaturelle par l’intermédiaire de ces appareils. Cependant, il est à noter qu’un certain nombre de ces associations de TCI ont des pratiques commerciales douteuses qui pourraient les rendre soupçonnables de vouloir profiter de la souffrance de personnes endeuillées.

Le Channeling? : ou la version New-Age du spiritisme. Ici, le concept de médiumnité est récupéré et dilué dans le syncrétisme ésotérique contemporain. Le médium est devenu un « channel », et il ne communique plus avec les morts, mais avec des anges gardiens, des « maîtres ascensionnés » ou des « guides de lumières » qui ont tous le point commun de délivrer des messages dont la portée philosophique réduite les tient bien éloignées des considérations morales et sociales des spirites du XIXème siècle.

Source : paranormal-encyclopedie.com


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